Jean-Claude Laporte : « Horizon Tactile, c’est une boîte à bonheur »

À 45 ans, Jean-Claude Laporte, pilote d’avion amateur, perd la vue accidentellement. Une épreuve qui aurait pu tout arrêter, mais qui deviendra le point de départ d’un projet innovant et profondément humain. Aujourd’hui, il pilote toujours… et invente un dispositif tactile pour permettre à d’autres non-voyants de goûter à cette liberté du vol. Une aventure aux côtés de Transtech, guidée par une conviction : il n’est jamais trop tard pour faire décoller une idée.
Rencontre.

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

« Je m’appelle Jean-Claude Laporte, et par le passé je travaillais dans le domaine de construction de routes et aéroports. Je pilote des avions de tourisme depuis l’âge de 19 ans. À 45 ans, j’ai perdu la vue accidentellement. Mais j’ai continué à voler en copilote, en co-fondant l’association AEPHV Les Mirauds Volants en 1999. »

D’où est venue l’idée d’Horizon Tactile ?

« En 2003, Thalès nous avait fabriqué un appareil sonore – le Sound Flyer, qui a bien fait son temps. L’idée m’est alors venue d’un dispositif auditif mais aussi tactile, plus intuitif, basé sur nos deux sens de substitution : l’ouïe et le toucher. Cela fait maintenant 9 années que je travaille sur cette idée. »

Comment avez-vous pu avancer, malgré votre handicap visuel ?

« C’est très difficile de développer une invention quand on ne voit pas, ne serait-ce que pour dessiner un schéma. J’ai débuté dans mon atelier avec un copain Philippe, à bricoler un système de touches articulées, sur un cabochon de bombe à raser… Puis heureusement, Pierre CROCI, ami coach de dirigeants, m’a présenté un imprimeur 3D qui m’a patiemment écouté pour produire une première forme.

Pierre m’a ensuite accompagné à la CCI de Pau, qui m’a orienté vers Transtech. C’était en 2019. J’étais au tout début, mais j’ai reçu un excellent accueil. Pour moi, ça a été la condition essentielle pour continuer. Chez Transtech, j’ai trouvé les compétences qui me manquaient, et j’ai suivi leurs formations très utiles pour la suite. »

Où en est le projet aujourd’hui ?

« Après obtention du brevet INPI il y a quelques années, le démonstrateur soutenu par l’UNADEV a permis de nombreux tests en vol. C’est sur ces expériences que nous avons bâti la nouvelle architecture du prototype, basée sur un smartphone source datas, bien plus compact que la première version. C’est enfin grâce à la CCI de Tarbes que j’ai rencontré une PME qui s’implique à fond : deux ingénieurs motivés, Ronan et Angelo, qui ont déjà produit un modèle ergonomique du pad. Les premiers tests en vol devraient se faire cet été. »

Et demain ?

« L’objectif n’est pas commercial à court terme. C’est une opération philanthropique : produire entre 30 et 40 dispositifs accessibles financièrement pour les membres des Mirauds Volants. L’idée, c’est que tout le monde puisse en bénéficier. Ensuite, une fois le dispositif validé, il pourrait intéresser d’autres pilotes, même voyants, comme outil de secours. Mais chaque chose en son temps. A voir la joie des mirauds volants après les vols, Horizon Tactile, c’est une boîte à bonheur. Mon espoir, c’est qu’elle continue à s’ouvrir pour d’autres. »

Quels sont les soutiens que reçoit le projet actuellement ?

« La Fédération Française Aéronautique nous soutient actuellement, et j’en suis très reconnaissant, ainsi que la Fédération des ULM. Nous avons été lauréats de la fondation du groupe aéronautique DAHER pour une aide substantielle. Et fin 2024 il a fallu la contribution de Philippe, ami entrepreneur, pour boucler un budget serré mais permettant un appareil de base. On verra plus tard pour fonctions avancées de navigation.

Mais surtout, je veux dire merci à Transtech. Sans l’accompagnement d’Henri, de Sophie, de Jean-Pierre et de toute l’équipe je n’en serais pas là. »

Un dernier mot pour nos lecteurs ?

« Toujours faire face ! J’ai eu beaucoup de chance de tomber sur des ingénieurs passionnés par le projet. Mais ces rencontres ne sont pas le fruit du hasard. J’ai remarqué que par le travail, on provoque beaucoup la chance.  »